Cigarette électronique et santé cardiovasculaire : quels risques pour le cœur et les vaisseaux sanguins ?

Cigarette électronique et santé cardiovasculaire : quels risques pour le cœur et les vaisseaux sanguins ?
Cigarette électronique et santé cardiovasculaire : quels risques pour le cœur et les vaisseaux sanguins ?

Comprendre l’impact cardiovasculaire de la cigarette électronique

La cigarette électronique, ou vape, est souvent présentée comme une alternative moins nocive au tabac combustible. Si les données scientifiques montrent effectivement une réduction de certains risques par rapport à la cigarette classique, la question de la sécurité cardiovasculaire reste centrale : quels effets sur le cœur, les artères et la circulation sanguine ?

Les pathologies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, AVC, insuffisance cardiaque, artériopathies) sont parmi les premières causes de mortalité associées au tabac. Comprendre les risques pour le cœur et les vaisseaux sanguins liés à la cigarette électronique nécessite de distinguer :

  • les effets de la nicotine en tant que substance active ;
  • les effets des aérosols de e-liquide (propylène glycol, glycérine végétale, arômes, sous-produits de chauffe) ;
  • la comparaison avec le tabac fumé, hautement toxique pour le système cardiovasculaire.

Ce que disent les principales études scientifiques

La littérature scientifique sur la vape et la santé cardiovasculaire est encore en construction, avec une forte hétérogénéité des protocoles et des produits étudiés. Cependant, plusieurs points ressortent.

Des rapports de référence, comme ceux du Public Health England (aujourd’hui intégré à l’UK Health Security Agency) ou du Royal College of Physicians (Royaume‑Uni), suggèrent que la cigarette électronique est nettement moins nocive pour le système cardiovasculaire que la cigarette classique, en particulier parce qu’elle n’implique pas de combustion, donc pas de monoxyde de carbone (CO) ni de la plupart des goudrons.

Toutefois, l’Académie nationale de médecine en France, dans plusieurs avis (notamment celui du 28 octobre 2019), rappelle que “moins nocif” ne signifie pas “sans risque”, et souligne l’insuffisance de recul sur l’utilisation à long terme, en particulier chez les sujets ayant déjà une maladie cardiovasculaire connue.

La Société Européenne de Cardiologie (ESC) indique dans ses lignes directrices sur la prévention cardiovasculaire que la cigarette électronique peut être une aide de réduction des risques chez les fumeurs, mais qu’elle ne doit pas être promue auprès des non-fumeurs ni des jeunes, compte tenu des incertitudes sur les effets prolongés de l’exposition aux aérosols.

Effets de la nicotine sur le cœur et les vaisseaux

La majorité des e-liquides nicotinés exercent une action cardiovasculaire principalement liée à la nicotine. Cette substance, bien que dépourvue de nombreux toxiques présents dans la fumée de tabac, n’est pas neutre pour le système cardiovasculaire.

Les principaux effets aigus (immédiats) connus de la nicotine sont :

  • augmentation de la fréquence cardiaque (tachycardie modérée) ;
  • élévation transitoire de la pression artérielle par vasoconstriction ;
  • stimulation du système nerveux sympathique (libération d’adrénaline, noradrénaline) ;
  • augmentation de la demande en oxygène du myocarde.
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Chez un adulte en bonne santé, ces effets restent en général modérés et réversibles. En revanche, chez des personnes présentant :

  • une coronaropathie (antécédent d’infarctus, angine de poitrine) ;
  • une hypertension artérielle mal contrôlée ;
  • une insuffisance cardiaque ;
  • ou des troubles du rythme cardiaque ;

la sur-stimulation liée à la nicotine peut théoriquement favoriser des épisodes d’angor, des déséquilibres tensionnels ou des arythmies.

Il est néanmoins important de rappeler que la nicotine est déjà utilisée en thérapeutique (patchs, gommes, pastilles) pour le sevrage tabagique, y compris chez les patients cardiaques, sous surveillance médicale. De nombreuses sociétés savantes considèrent que, dans le contexte d’un arrêt du tabac fumé, les bénéfices cardiovasculaires de la disparition de la fumée (et spécialement du monoxyde de carbone) dépassent largement les risques potentiels d’une exposition transitoire à la nicotine seule.

Rôle des aérosols et des composants du e-liquide

Au-delà de la nicotine, les aérosols de cigarette électronique sont constitués principalement de :

  • propylène glycol (PG) ;
  • glycérine végétale (VG) ;
  • arômes alimentaires ;
  • impuretés ou traces de métaux et sous-produits de chauffe (formaldéhyde, acroléine, etc.), généralement en quantités très inférieures à celles de la fumée de tabac, mais non nulles.

Sur le plan cardiovasculaire, plusieurs études expérimentales et cliniques suggèrent :

  • une augmentation transitoire de la rigidité artérielle après utilisation, possiblement liée au stress oxydatif induit par certains sous-produits de chauffe ;
  • des effets sur l’endothélium vasculaire (couche interne des artères), avec réduction temporaire de la vasodilatation dépendante du NO (monoxyde d’azote), un marqueur de dysfonction endothéliale ;
  • une légère activation de la coagulation et de l’agrégation plaquettaire dans certaines études, même si le niveau de risque apparaît inférieur à celui observé chez les fumeurs de cigarettes classiques.

Les effets à long terme de cette exposition quotidienne et chronique restent moins bien documentés. Les données actuelles tendent à montrer un profil de toxicité cardiovasculaire réduit par rapport à la cigarette combustible, mais certainement pas une absence totale de risque, surtout en cas d’usage intensif et prolongé.

Comparaison avec la cigarette classique : un risque nettement diminué, mais non nul

Pour évaluer de façon réaliste les risques cardiovasculaires de la cigarette électronique, il est indispensable de la comparer au tabac fumé, qui constitue la référence en matière de toxicité.

La fumée de cigarette est un mélange de milliers de composés, dont :

  • monoxyde de carbone (CO), responsable d’une diminution de la capacité de transport d’oxygène du sang et d’une souffrance myocardique ;
  • goudrons et particules fines, favorisant athérosclérose, inflammation vasculaire et thrombose ;
  • oxydants et radicaux libres, directement toxiques pour l’endothélium.
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En comparaison, l’aérosol de cigarette électronique :

  • ne contient pratiquement pas de CO ;
  • génère en moyenne beaucoup moins de composés toxiques et cancérigènes ;
  • réduit de façon importante l’exposition aux particules de combustion.

D’un point de vue strictement cardiovasculaire, les fumeurs qui basculent totalement vers la cigarette électronique (sans dual use, c’est-à-dire sans consommation concomitante de tabac) semblent donc réduire significativement leur risque par rapport au maintien du tabagisme. En revanche, les personnes n’ayant jamais fumé n’ont aucun bénéfice cardiovasculaire à commencer la vape, et s’exposent à des risques inutiles, même s’ils sont moindres que ceux de la cigarette.

Cadre réglementaire français et européen

La réglementation des cigarettes électroniques et des e‑liquides en France repose principalement sur la transposition de la Directive européenne 2014/40/UE du Parlement européen et du Conseil du 3 avril 2014, dite Directive sur les produits du tabac (TPD). Cette directive encadre notamment :

  • la teneur maximale en nicotine des e‑liquides (20 mg/ml) ;
  • le volume maximal des flacons nicotinés (10 ml) ;
  • les obligations d’étiquetage (pictogrammes de danger, avertissements sanitaires) ;
  • la notification préalable des produits aux autorités compétentes.

En droit français, ces dispositions sont intégrées dans le Code de la santé publique, notamment :

  • les articles L3513-1 et suivants, qui définissent les produits du vapotage et encadrent leur mise sur le marché ;
  • l’article L3513-5, qui interdit la vente de cigarettes électroniques et de recharges aux mineurs ;
  • les articles L3513-6 et suivants, qui encadrent la publicité, la propagande et le parrainage des produits du vapotage ;
  • les dispositions relatives à l’interdiction de vapoter dans certains lieux (notamment L3513-6, L3513-8 et R3513-2 et suivants).

Le respect de cette réglementation vise, entre autres, à limiter les risques sanitaires, y compris cardiovasculaires, en évitant des concentrations excessives de nicotine, des formulations dangereuses ou une promotion agressive susceptible d’augmenter le nombre d’usagers, en particulier parmi les populations vulnérables (jeunes, personnes atteintes de pathologies chroniques).

Profils de risques spécifiques : fumeurs, ex-fumeurs et non-fumeurs

Les impacts cardiovasculaires de la cigarette électronique doivent être appréciés en fonction du profil de l’utilisateur :

  • Fumeurs adultes souhaitant arrêter : le passage à la cigarette électronique, si elle permet de cesser totalement la consommation de tabac, est généralement considéré comme une stratégie de réduction des risques. La chute du risque cardiovasculaire après l’arrêt du tabac est rapide (dès les premiers mois) et substantielle sur le long terme, même si l’usage prolongé de nicotine nécessite un suivi adapté.
  • Ex-fumeurs sevrés sans nicotine : débuter la vape dans ce contexte n’apporte aucun bénéfice cardiovasculaire et peut réintroduire une exposition à la nicotine et aux aérosols, avec un risque potentiel de rechute tabagique et de nouvelle atteinte vasculaire.
  • Non-fumeurs et jeunes : l’utilisation de la cigarette électronique dans ces populations est déconseillée par la plupart des organismes de santé, en raison de risques sans bénéfice, incluant dépendance à la nicotine, altération de la fonction endothéliale et effets à long terme encore mal connus.
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Recommandations pratiques pour limiter les risques cardiovasculaires

Pour les personnes qui utilisent déjà la cigarette électronique, certaines précautions peuvent contribuer à limiter les impacts potentiels sur le cœur et les vaisseaux :

  • Éviter le double usage (cigarette + vape) autant que possible, car l’exposition combinée peut maintenir un risque cardiovasculaire élevé.
  • Utiliser la plus faible concentration en nicotine compatible avec la stabilité du sevrage tabagique, afin de réduire la charge nicotinique globale.
  • Privilégier des produits conformes à la réglementation européenne (TPD), achetés auprès de fournisseurs fiables (boutiques spécialisées, sites respectant les obligations légales, traçabilité, fiches de sécurité).
  • Limiter la puissance et la température de chauffe pour réduire la formation de sous-produits toxiques issus de la dégradation du propylène glycol et de la glycérine végétale.
  • Informer son médecin traitant ou son cardiologue de l’usage de la cigarette électronique, en particulier en cas d’antécédent cardiovasculaire, afin d’ajuster le suivi (tension artérielle, bilan lipidique, contrôle des facteurs de risque).

Perspectives de recherche et position des autorités de santé

Les autorités sanitaires françaises (Santé publique France, Haute Autorité de Santé, etc.) et internationales soulignent la nécessité de poursuivre les recherches longitudinales sur les effets cardiovasculaires à long terme de la cigarette électronique, en tenant compte :

  • de l’évolution rapide des dispositifs (pods, systèmes ouverts, sels de nicotine) ;
  • de la diversité des e‑liquides (composition, arômes, additifs) ;
  • des différents profils d’usagers (sevrage, usage récréatif, intensité de consommation).

En France, la Stratégie nationale de santé et les plans de lutte contre le tabagisme reconnaissent le rôle possible de la réduction des risques, tout en rappelant la priorité absolue : réduire le nombre de fumeurs, principale source de maladies cardiovasculaires évitables. La cigarette électronique est envisagée par certains experts comme un outil potentiel parmi d’autres, mais qui doit rester encadré, évalué et ciblé, et non un produit de consommation courante banalisé.

Pour les personnes souhaitant arrêter de fumer, il est recommandé de se rapprocher de professionnels de santé (médecins, tabacologues, pharmaciens) afin d’élaborer une stratégie de sevrage personnalisée, intégrant éventuellement la vape mais aussi les substituts nicotiniques médicamenteux et le soutien comportemental, de manière à réduire au maximum les risques pour le cœur et les vaisseaux sanguins.